Les 17 et 18 janvier 2026, la médiathèque de Bargny a accueilli l’atelier intitulé Écologies contestées, une rencontre scientifique et citoyenne consacrée à l’analyse des transformations environnementales affectant le littoral et les espaces périurbains de la région. Organisé par le RAPEN et l’Observatoire Écocitoyen, en partenariat avec Teranga Lab et le CRAC, cet événement a réuni des habitants, des chercheurs et des acteurs de la société civile issus de cinq communes : Bargny, Sendou, Diamniadio, Yenne et Sébikotane.

Dans un contexte marqué par une industrialisation accélérée, une urbanisation rapide et une pression croissante sur les écosystèmes côtiers, les échanges ont permis de mettre en lumière la diversité des formes que prennent les dégradations environnementales, ainsi que leurs effets directs sur les conditions de vie des populations. Les participants ont dressé un état des lieux des principaux enjeux auxquels leurs territoires sont confrontés : artificialisation des sols, pollution industrielle, accaparement foncier, vulnérabilisation du littoral et risques sanitaires.

La première journée a été structurée autour d’une série de panels consacrés aux impacts différenciés de ces dynamiques selon les territoires. Si les problématiques apparaissent largement partagées, leur intensité et leur visibilité varient selon les contextes locaux. À Sébikotane, par exemple, la pollution industrielle constitue une réalité particulièrement tangible et quotidienne. Comme l’a souligné Adiara Fall Ndiaye, professeure de sciences de la vie et de la Terre au lycée Lamine Gueye de Dakar, « on n’ose même plus porter des habits blancs ou peindre sa maison en blanc à cause de l’atmosphère très polluée. En plus de cela, nous constatons l’apparition de nouvelles maladies dans la communauté, ainsi que des fausses couches très fréquentes chez les femmes enceintes. Nous pensons que tout cela est fortement lié à la pollution des industries ».

Au-delà du constat, les discussions ont mis en évidence la nécessité de dépasser les réponses strictement locales pour penser des formes de coordination intercommunale. Cette orientation a été défendue notamment par M. Massogui Thiandoum, activiste écologiste et habitant de Yenne, pour qui « les communautés doivent s’unir pour mutualiser leur expérience et leurs connaissances sur les questions de luttes environnementales ». Il a insisté sur l’intérêt stratégique d’une approche intercommunale, estimant que « le concept d’intercommunalité des communautés permet de mieux adresser, à l’échelle communautaire, les problématiques qui les interpellent », et que cette rencontre offrait précisément un cadre propice à la construction de telles convergences.

Les panels ont également donné lieu à une table ronde réunissant chercheurs, experts et acteurs associatifs, centrée sur les conditions de structuration d’une action collective plus cohérente et plus audible face aux pouvoirs publics et aux acteurs industriels. Les échanges ont souligné l’importance de l’articulation entre savoirs scientifiques, expertises citoyennes et expériences vécues dans la production de réponses durables aux crises environnementales.

Premier jour de l’atelier écologies contestées à la médiathèque de Bargny – Janvier 2026

La deuxième journée a été consacrée plus spécifiquement aux enjeux liés à l’exploitation du pétrole et du gaz et à leurs effets sur les territoires côtiers. Pêcheurs, femmes transformatrices, chercheurs et spécialistes ont partagé analyses et témoignages, mettant en évidence l’impact des industries extractives sur les économies locales, les équilibres sociaux et les modes de vie. Les débats ont montré que les conséquences de ces activités dépassent largement le registre environnemental pour toucher aux dimensions culturelles et symboliques des territoires.
À cet égard, le témoignage de Bineta Sarr, habitante des îles du Saloum, a particulièrement marqué les échanges : « Les pangoles font partie de l’identité culturelle des Sérères. Ce sont des esprits ancestraux vénérés qui habitent à Sangomar. C’est un lieu de culte qui nous protège, nous et notre localité. Mais depuis l’installation des plateformes pétrolières à Sangomar, nous n’avons plus accès à ce lieu sacré ». Ce récit illustre la manière dont l’industrialisation énergétique reconfigure non seulement les paysages, mais aussi les rapports sociaux et culturels à l’espace.

La journée s’est conclue par un atelier collectif de cartographie citoyenne des impacts liés à l’exploitation énergétique. Cet exercice participatif a permis d’identifier les zones les plus exposées et de produire un outil de visualisation destiné à appuyer les actions de plaidoyer. Parallèlement, un dispositif de podcast a accompagné l’ensemble de l’atelier, recueillant récits, analyses et alertes formulées par les participants, contribuant ainsi à la constitution d’une mémoire sonore des luttes en cours.

Les travaux des deux journées ont abouti à la rédaction collective d’un manifeste rassemblant un ensemble de recommandations citoyennes. Ce document marque une étape importante dans la structuration d’une mobilisation intercommunale autour des enjeux écologiques du littoral et des espaces périurbains. Il témoigne d’une volonté partagée de replacer les communautés au centre de la définition des trajectoires de développement de leurs territoires et d’affirmer leur rôle comme acteurs à part entière de la gouvernance environnementale.